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Le Coût De La Maltraitance Sur Les Enfants 1



Il y a plusieurs années de cela, je travaillais dans des institutions spécialisées pour soigner et accompagner des enfants en difficulté. J'étais donc psychologue dans un I.TE.P (Institut Thérapeutique Educatif et Pédagogique) et dans un C.M.P (Centre Médico Psychologique). Dans ces deux endroits, je côtoyais la maltraitance sur les enfants et leurs traumatismes quotidiennement. Soit parce qu'ils en étaient victime dans leurs familles, et les institutions essayaient de les protéger et de les soigner, soit, et c'est bien plus grave, la maltraitance sur les enfants venait de l'institution elle-même.


Il y avait une maltraitance physique banale et quotidienne, qui m'a conduit dès mes premiers jours de travail à dénoncer à ma direction la violence d'un des enseignants. Après une semaine de présence, j'embauche à 13h et, depuis la fenêtre de mon bureau, voit un cet homme d'1,75m pour 80kg donner un immense coup d'épaule dans le dos d'un des enfants de l'ITEP. Agé de 10 ans, 1,50m pour 40 kg, l'impact propulse l'enfant sur plusieurs mètres avant de s'écraser au sol. Sa nuque a eu un tel mouvement de bascule en arrière que je l'ai cru brisée. Il se relève miraculeusement, et reçoit en complément quelques insultes. Mon sang ne fait qu'un tour. Je fonce dans le bureau de ma collègue. "Tu as vu ce qui s'est passé ?" "Oui, répond-elle. C'est tout le temps pareil. J'en ai assez de cette violence." Je marque alors une pause pour réaliser que ce n'est pas la 1ère fois que cela arrive ... et que donc rien n'est fait pour l'empêcher. "Il est hors de question que je laisse passer cela. Je vais tout dénoncer à la direction". Ce que je fis. Dans la minute.

Le ton était donné. Bienvenue en ITEP.


Une autre forme de maltraitance dans cette institution était tout aussi pernicieuse, mais bien plus profonde. J'ai pris conscience progressivement que je ne partageais pas les mêmes buts que beaucoup de mes collègues. Pour eux, les enfants devaient s'adapter aux règles. Et pas le contraire... Et nous nous appelions Institution Thérapeutique ? Hellooooooo !!! Où est le thérapeutique dans le fait de ne pas s'adapter aux besoins et aux problématiques des enfants ? Il n'y en a pas. C'est même le contraire. C'est maltraitant.

J'ai appris un jour que cet ITEP avait été un I.R : Institut de Rééducation. Oui, à une autre époque, c'est la "rééducation" qui "soignait". Et par rééducation, c'est la violence physique qui était sous-entendue. Et ces collègues qui refusaient de changer avaient participé à l'époque de l'I.R... Lourd héritage. Que les enfants payaient bien cher. Le centre de soin ne les soignait pas. Au contraire. Pour un grand nombre d'enfants, leurs Q.I diminuaient au cours des années. Et la plupart des adultes ne s'en alarmaient pas. A part quelques exceptions.


Maltraitances & Performances Scolaires


L'impact des violences physiques sur la scolarité des enfants d'après Brooke McCord, 2017. Un chercheur de l'université de Penn State (Pennsylvanie, USA) et ses collaborateurs ont mis en évidence l'impact des maltraitances sur les enfants comme reliées aux déficits cognitifs des performances scolaires, et que des punitions même non violentes étaient associées à une moindre motivation scolaire et une augmentation de l'isolement.


Cette étude est une des rares à évaluer en même temps les punitions physiques violentes et non violentes rapportées par les enfants et ceux qui s'occupent d'eux. Même si les maltraitances ne créent pas de blessure physique sérieuse, les enfants vont vivre de la peur, de la détresse, et ces stresseurs impactent la structure du cerveau, le développement et le bien-être global.


Dans cette étude, plus de 650 enfants et leurs parents ont été examiné selon 3 types de maltraitances physiques : punition corporelle légère, sévère et violente. Les groupes ont rapporté leur utilisation et leur vécu et les chercheurs ont mesuré les performances cognitives, l'engagement scolaire, et l'isolation des enfants par rapports à leurs pairs.


Il a été trouvé que toutes les formes de violences physiques augmentent la perte de motivation scolaire, qu'une exposition précoce a une influence négative sur les performances cognitives et que seules les violences sévères augmentent notablement l'isolation vis à vis des pairs. Ce qui démontre que les maltraitances physiques sur les enfants, qu'elles que soient leur niveau d'intensité, n'ont aucun impact positif sur différents aspects de la scolarité des enfants (ici, les performances cognitives, la motivation et la relation aux autres enfants).



Par Julien Baillet, 2023


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